LE TRAVAIL ET LA FAMILLE

L'Histoire de Suzanne Martel est aussi passionnante que ses romans. Entre une enfance perdue

dans un monde imaginaire et un grand âge passé à vivre les plus audacieuses expériences, une vie extraordinaire suit son cours.

Née à Ouébec en 1924, Suzanne Martel (née Chouinard) grandit aux côtés de sa soeur et complice, l'écrivaine Monique Corriveau, auteure d'une vingtaine de romans pour adolescents.

Émerveillées par l'univers des romans de Rudyard Kipling (Le livre de la jungle), les fillettes inventent un pays imaginaire, le Gotal, où habitent ceux qu'elles appellent les gens dans le mur. Toutes jeunes, elles rédigent Ies aventures de ces quarante personnages qu'elles finissent par connaître aussi bien que leur propre famille. L'écriture les exalte à un point tel qu'à partir de l'âge de douze ans, leur mère leur interdit de rédiger plus de huit heures par jour ! Plus tard, Iorsqu'elles atteindront l'âge adulte, elles choisiront, à tour de rôle, un membre du clan et écriront ses aventures.

Cela deviendra la plus volumineuse saga de l'histoire littéraire du Ouébec. Jusqu'à Ia mort prématurée de Monique Corriveau, en 1976, les deux soeurs avaient écrit l'une pour 1'autre une quinzaine de romans sur leurs héros respectifs.

Après des études à I'université de Toronto en littérature et en langues, Suzanne Martel travaille un an comme journaliste au quotidien Le Soleil, en 1945. Après Ia guerre, elle s'établit à Outremont avec son mari Maurice Martel qui est avocat. Dans les années suivantes, l'écrivaine donne naissance à six garçons (Paul, Bernard, Anadi, Luc, Éric et Yves) qui deviennent rapidement son premier public.

En 1963, elle publie son premier roman pour adolescents, un récit de science-fiction , Surréal 3000, pour lequel elle reçoit le prix de l'Association canadienne des éditeurs de langue française. Ce classique de la littérature jeunesse - et Ie premier roman de science-fiction québécois- est encore au jourd'hui à l'étude dans plusieurs écoles secondaires.

Le 29 juillet 2012, Suzanne (Chouinard) Martel décède entourée de ses proches à Ste-Adèle au Québec, au coeur de la forêt boréale qu'elle a tant aimée.

ÉCRIRE AVANT TOUT

De nombreux livres suivent ce premier succès : biographies, romans historiques, d'aventures, d'anticipation, contes et manuels pratiques. Suzanne Martel ne se soucie même pas d'être publiée : seul compte pour elle le plaisir d'écrire.

Aujourd'hui, elle est grand-mère de 6 petits enfants et arrière grand-mère de deux.

Dans tous ses récits, cette pionnière de la littérature jeunesse québécoise fait preuve d'imagination, d'humour et de fantaisie. EIle maîtrise aussi parfaitement l'art d'écrire de savoureuses descriptions.

DIGNE PERSONNAGE DE ROMAN

Une fois la cinquantaine amorcée, après avoir élevé sa famille, cette grande dame décide de vivre à son tour les aventures qu'elle a fait connaître à ses personnages. Elle descend une rivière sauvage en canot avec un groupe d'explorateurs en Alaska, escalade le mont Everest, parcourt le désert en chameau et la jungle à dos d'éléphant, traverse le Grand Canyon à dos de

mule et bien d'autres.

Les récompenses prestigieuses se sont accumulées tout au long de la carrière de Suzanne Martel. Adolescente, eile gagnait déjà des prix pour ses contes de Noël. De 1974 à 1994, année où elle reçoit le prix du Gouverneur général du Canada, catégorie littérature de jeunesse, texte, pour Une belle journée pour mourir, les prix se succèdent en signe d'une reconnaissance

tant canadienne qu'internationale. Elle remporte, entre autres, le trophée Vicky-Metcalf, décerné par la Canadian Authors Association pour l'ensemble de son ceuvre, en 1976.

La magie de la création illumine toujours Suzanne Martel. Celle que l'auteure Dominique Demers a surnommé l'Yves Thériault des romans pour adolescents et jeunes adultes (L'Actualité, octobre 1985) a commencé à rédiger ses mémoires,qu'elle destine pour l'instant à ses petits enfants.

La première partie, couvrant ses vingt premières années, ne compte pas moins de 400 pages!

SuzanneMartel